La finance inclusive et solidaire

Quatrième article de notre série sur la finance durable.

November 24, 2021 · 4 min de lecture

Alors que le système financier capitaliste rémunère l'accumulation de capital, est-ce que la banque peut être conjuguée avec la solidarité et l'inclusivité ? Est-ce que la notion de solidarité appliquée à un secteur historiquement individualiste a un sens ? Est-ce que les intérêts financiers peuvent laisser une place à des considérations plus sociales ?

Et d'ailleurs, qu'est ce qu'une finance inclusive et solidaire ?

L'exclusion massive du secteur bancaire

Alors qu'en France, le droit à un compte bancaire est garanti dans la loi, 1% des français·e·s majeur·e·s n'en détiennent toujours pas. Et ce n'est pas anecdotique : impossible -ou très difficile - sans cela de recevoir un salaire ou des allocations.

Et oui 1%, ça fait beaucoup ! source: Lafinancepourtous.com

Et oui 1%, ça fait beaucoup ! source: Lafinancepourtous.com

L'exclusion bancaire ne se limite pas au compte bancaire : même avec un compte, l'éloignement du système peut être tel qu'il est impossible de mener une vie normale. Les difficultés à l'usage comme l'impossibilité de parler à son·a conseiller·ère ou les crédits usuriers - à des taux extrêmement élevés - éloignent aussi du système. On peut ainsi estimer que jusqu'à 5 millions de français, en tout, font face au processus d'exclusion bancaire.

Des remèdes pour une finance plus inclusive

Historiquement, le micro-crédit a permis à des entrepreneurs et, dans une plus grande mesure, à des entrepreneuses d'avoir accès à des crédits de faibles montants. À cause de ces faibles montants ou d'une insolvabilité trop importante, ces personnes ont été systématiquement exclues des circuits bancaires classiques : ce n'est donc pas une surprise si le mouvement est né dans les pays émergents avec des personnes comme Muhammad Yunus et à la banque qu'il a créée, la Grameen Bank. Et les prêts sont pour la grande majorité remboursés dans les temps !

L'émergence d'applications mobiles, entièrement consultables depuis son smartphone permet évidemment de simplifier l'accès à son compte, sans passer par les fastidieux rendez-vous physiques. Bien évidemment cela suppose d'avoir accès à internet, et de pouvoir acheter un smartphone, et de pouvoir le recharger...

Néanmoins le recours au "tout-en-ligne" force à faire réfléchir au fossé digitale : avec 13 millions de français·es qui ont du mal à accéder à internet, les banques 100% en ligne font aussi courir le risque de l'exclusion !

La finance solidaire, moteur de l'ESS ?

L’économie sociale et solidaire, souvent appelée ESS, se définit comme "un ensemble d'entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d'utilité sociale.".

Infographie KPMG

Infographie KPMG

Comme les banques commerciales qui financent l'économie de marché, la finance solidaire est alors vue comme un moteur de l’économie solidaire, recouvrant les pratiques alternatives à l’économie de marché.

Source : Novethic

Source : Novethic

La finance solidaire s'attelle donc à orienter de nouveaux flux financiers vers l'ESS, qui à cause de ses rendements moins intéressants, peine souvent à trouver du capital. Panorama des moyens à dispositions pour cela :

D'abord les contrats d'épargne solidaires peuvent être souscrits auprès de banques ou d'assurances. L'argent est alors placé sur des fonds "90/10" : de 5 à 10% des actifs doivent être affectés au financement de l'économie solidaire. Ces fonds investiront donc dans des entreprises non cotées en Bourse, souvent des ESUS, des entreprises solidaire d'utilité sociale.

Et qu'est ce qu'il advient des 90 ou 95% restants ? Il n'y a pas pour eux aucune obligation même si une partie des fonds les placeront à minima sur des supports ISR.

Est-ce que "durable" est vraiment le plus adapté ?

Est-ce que "durable" est vraiment le plus adapté ?

Une goutte d'eau donc! Source : lafinancepourtous.com

Une goutte d'eau donc! Source : lafinancepourtous.com

Philanthropie et finance, une rencontre utile ?

La finance solidaire est parfois aussi vue comme un prolongement des politiques sociales. Elle devrait alors à ce titre être soutenue par l’État, directement ou indirectement. Cela se traduit notamment par les mécanismes de dons associés à des réductions d'impôts.

Cette vision est notamment promue par les banques et les fonds qui y voient un moyen de séduire des investisseur·euse·s engagé·e·s, sans changer fondamentalement leurs politiques d'investissement : l'aspect solidaire se cantonne à la fraction des flux dédiés aux dons !

On appelle ainsi produits de partage ces mécanismes financiers. Ils sont nombreux mais le plus populaire est certainement l'épargne de partage : elle permet à un·e épargnant·e de faire don d'une partie - entre 25 à 100% - des revenus générés par son placement à une œuvre d'intérêt général. Bien souvent ce don est partiellement défiscalisé, sous conditions évidemment.

Les cartes bancaires peuvent aussi s'inclure dans la finance solidaire, en reversant tout ou partie des frais d'interchange à des causes définies. C'est ce que nous faisons chez Helios en utilisant cette commission payée par le commerçant pour financer ses projets de développement durable.

Finalement dans la ventilation, c'est un peu du 90/10 aussi ! - Sources : Le Monde et Lafinancepourtous.com

Finalement dans la ventilation, c'est un peu du 90/10 aussi ! - Sources : Le Monde et Lafinancepourtous.com

Vous l'avez compris, le secteur de la finance solidaire est sûrement plus nébuleux que la finance responsable ou verte. C'est probablement dû à son histoire plus ancienne en France et donc aux différentes formes qu'elle a pu prendre depuis.

Néanmoins pour y voir plus clair, le Label Finansol (source: https://www.finance-fair.org/pourquoi-un-label/) fondé en 1997 - quand même ! - peut vous permettre d'y voir plus clair et de démêler les promesses sincères du le social washing...

Et des ressources pour aller plus loin :

Le billet vert à quoi ça sert ? Nous sommes convaincus qu'il faut changer les règles de la banque pour financer un monde plus durable. C’est ce qu’on travaille à faire chaque jour chez Helios. Mais comment faire pour s'y retrouver dans une industrie aussi opaque ? Nous voulons lever le voile sur le fonctionnement de la banque, pour former une nouvelle génération d'épargnant acteurs. Prêts à changer ensemble, les règles de la banque ?

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