Les néobanques vertes font-elles du greenwashing ?

Les « néobanques » font-elles du greenwashing ? C’est l’accusation qui a été portée par plusieurs acteurs dont la Nef, coopérative qui est dans le paysage financier depuis la fin des années 1970 et qui se positionne uniquement sur le financement des projets écologiques, sociaux et culturels. Cela a été repris ensuite par plusieurs médias spécialisés comme Finance éthique ou encore Maddyness. La réalité est plus complexe, évidemment. 

November 02, 2022 · 6 min de lecture

Du bon usage du mot

Avant d’aborder le fond, il convient d’abord de s’accorder sur ce dont on parle. Le terme « néobanque » est entré dans le langage courant. C’est un mot valise qui veut dire tout et rien. Et pourtant, il a une signification bien précise au regard de la réglementation. Dans une note d’avril 2021, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), qui a en charge la stabilité du secteur financier français et la protection des épargnants, a rappelé que pour être une « néobanque », il faut d’abord être une banque. Cela semble évident, mais c’est important de le souligner. Autrement dit, il faut être agréé en tant qu’établissement de crédit ou société de financement. En fonction de la nature des opérations, l’agrément est octroyé en qualité de banque de plein exercice, de banque mutualiste ou coopérative, d’établissement de crédit spécialisé ou de caisse de crédit municipal. Plusieurs acteurs du monde de la fintech entretiennent le flou et se présentent volontiers comme des « néobanques » sans pour autant en avoir le statut du point de vue réglementaire. Dans les faits, ils sont dépendants de "vrais" établissements de crédit pour fonctionner, notamment au niveau de la gestion des fonds. Le mésusage est également parfois entretenu par les médias. Heureusement, tous n’agissent pas ainsi. Certains se contentent de se positionner pour ce qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire une alternative aux banques traditionnelles (c’est le cas d’Helios qui propose une alternative bancaire dédiée au financement de la transition écologique, par exemple). Ces nouveaux acteurs répondent à de nouveaux usages et à la volonté émise par de nombreux épargnants de reprendre en main leur argent et d’avoir un impact positif sur la société. 

La question de la traçabilité de l’épargne

  • Les simulateurs d’empreinte carbone

D’un côté, il y la communication verte. Ce sont par exemple les simulateurs d’empreinte carbone qui s’appuient sur les données des transactions bancaires. L’objectif est louable : accompagner les consommateurs afin de les informer, de les éduquer pour qu’ils puissent prendre les bonnes décisions afin de réduire leur empreinte carbone. La réalité est toute autre : à l’heure actuelle, les méthodes de calcul sont encore trop estimatives et ne prennent pas en compte le détail du panier d’achats des consommateurs. C’est un exemple de mesure d’affichage qui a finalement un faible impact positif. 

  • La traçabilité de l’épargne

De l’autre, il y a l’enjeu de la traçabilité de l’épargne. C’est fondamental pour accélérer la transition énergétique et aboutir à une société bas carbone. Pour des raisons réglementaires (exigence de fonds propres mais aussi coussin de sécurité contra-cyclique qui doit permettre de faire face en cas de récession), il est impossible que l’argent soit utilisé à 100 % dans des projets à impact, qu’on soit banque de plein exercice ou alternative éthique. En revanche, certains acteurs ont des comportements plus vertueux que d’autres. En règle générale, sur 10 euros investis dans le secteur de l’énergie, les banques investissent seulement 1 euro dans les énergies renouvelables. C’est peu. C’est même insuffisant pour accompagner l’économie vers le bas carbone. A l’inverse, les nouveaux acteurs de la finance ont des ambitions importantes et se donnent les moyens de les atteindre. Chez Helios par exemple, 40 % de l’épargne déposée est orienté vers les projets à impact, en sélectionnant ceux qui font plus pour le bien commun. Cela a permis de soutenir des projets dans le domaine de la transition énergétique, comme la centrale solaire Kwita Wije en Nouvelle-Calédonie, ou le projet Carbios qui vise à repenser la fin de vie des plastiques. L’exclusion éthique est l’approche la plus classique et la plus simple lorsqu’on choisit de flécher une partie de l’épargne vers les projets qui vont contribuer le plus positivement à la société. Il s’agit par exemple d’exclure les secteurs les plus polluants, comme le charbon, l’extraction pétrolière, l’élevage intensif ou encore les pesticides chimiques. Les banques traditionnelles le font également (sous la pression des clients et de certains investisseurs qui ont mis en place des filtres ESG – ils investissent en fonction du respect de certains critères économiques, sociaux et environnementaux). Mais cela se fait dans de faibles proportions, en général. Les banques ont tendance à appliquer des grilles d’exclusion beaucoup moins restrictives que les alternatives éthiques (pour des raisons de recherche de rendement ou car elles sont engagées dans des projets à long terme qu’elles doivent refinancer). 

Les bonnes pratiques

Mettre en place des critères d’exclusion, c’est un premier pas positif. Mais il faut aller plus loin. C’est ce qui permet de distinguer les bons élèves des mauvais dans le monde de la finance verte. Plusieurs options sont possibles : adopter le statut d’entreprise à mission afin d’ancrer son engagement écologique (ce qui est permis depuis la Loi Pacte de 2019), être audité tous les ans par un organisme tiers indépendant qui s’assure que les engagements pris afin de canaliser l’épargne vers des projets à impact est bien respecté ou encore impliquer des parties prenantes reconnues dans le domaine de la finance verte via un comité de mission, par exemple. Il peut s’agir d’acteurs comme Oxfam, Reclaim Finance ou encore Investing Initiative – un centre de réflexion qui ambitionne d’accompagner les acteurs des marchés financiers afin qu’ils mettent en place l’Accord de Paris sur le climat de 2015. Il est évident que tous les acteurs se présentant comme une alternative éthique aux banques ne sont pas tous vertueux. Certains sont plus positionnés sur de la communication verte (faible fléchage vers les projets à impact et épargne de leurs clients placée auprès des banques de plein exercice sans qu’il soit possible de savoir à quoi elle va servir). A certains égards, cela peut s’apparenter à du greenwashing. Mais une minorité joint la parole aux actes. Surtout, l’écosystème qui s’est développé ces dernières années à destination de la clientèle des particuliers est essentiel pour inciter au changement. Si on reste avec ce qui est proposé par les acteurs traditionnels, on ne va clairement pas dans la bonne direction. Même si cela prend du temps, on le voit bien, cela oblige les banques de plein exercice mais aussi d’autres acteurs financiers à penser davantage à l’après, à un monde bas carbone. C’est donc positif. 

Cet article a été rédigé par Christopher Dembik.
Christopher Dembik est économiste. Il est directeur de la recherche macroéconomique pour le Groupe Saxo Bank, en France et à l’étranger. Il est aussi membre du conseil d’administration de la société cotée Substrate Artificial Intelligence et conseiller financier de la start-up Oceans.ai (inspection et maintenance d’installations industrielles). Depuis 2022, il est maître de conférences à Sciences Po Paris et éditorialiste sur BFM Business. Il a reçu le Prix de meilleur prévisionniste pour la France en 2015 (Thomson Reuters) et pour l'Allemagne en 2019 (Refinitiv).

Christopher Dembik

Le billet vert à quoi ça sert ? Nous sommes convaincus qu'il faut changer les règles de la banque pour financer un monde plus durable. C’est ce qu’on travaille à faire chaque jour chez Helios. Mais comment faire pour s'y retrouver dans une industrie aussi opaque ? Nous voulons lever le voile sur le fonctionnement de la banque, pour former une nouvelle génération d'épargnant acteurs. Prêts à changer ensemble, les règles de la banque ?

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